tout ou presque sur ce qu'il faut savoir....et rien ou si peu sur ce qu’il est loisible d’ignorer

Pardon de n'être pas élu. Pardon d'avoir été choisi par Jacques Attali
comme l'un des 42 membres de sa commission pour la libération de la croissance française. Pardon d'en être fier. Pardon
d'aimer mon pays tout autant que vous l'aimez. Pardon d'avoir travaillé, cinq mois durant, avec des personnalités aussi diverses qu'exceptionnelles.
Pardon d'avoir écouté avec passion le point de vue de deux Italiens, d'une Espagnole, d'une Allemande, d'un Anglais, d'un Autrichien, également membres de la commission et tous attachés à la France. Pardon d'avoir auditionné 450 personnes. Pardon d'avoir contribué au diagnostic commun : notre pays va mal, plus mal encore qu'on ne croit. Mais il dispose d'atouts considérables, à rendre jaloux tous ses concurrents.
Pardon d'avoir prêté attention aux expériences réussies de nos voisins. Pardon d'avoir, avec mes camarades, cherché des solutions pour réveiller l'énergie de notre pays. Pardon d'avoir cru en trouver. Pardon d'en avoir, avec le secours du directeur du budget, évalué le coût.
Pardon de connaître le rôle de chacune des institutions de la République : je ne prends pas une commission, fût-elle la nôtre, pour l'une d'entre elles.
Pardon de comprendre votre souci de l'intérêt général. Pardon de moins comprendre votre passion du statu quo, votre attachement à un système qui a montré son inefficience sauf pour fabriquer de l'inégalité. Une à une, les corporations se présentent au palais pour supplier que rien ne change. A chacune, on répond de se tranquilliser : rien ne changera. Une à une, les corporations repartent du Palais, ravies.
Pardon de ne point partager leur bonne humeur : tout privilège est une rente. Toute rente est une taxe et mauvaise pour l'emploi.
Un scrutin s'approche. Pauvres élections municipales ! La droite va les perdre : elle aura eu beau renier ses engagements de réforme. La gauche va y triompher sans avoir réglé une seule de ses contradictions.
Plus tard, dans dix ans, dans vingt ans, lorsque nos enfants, endettés jusqu'à la gorge, nous demanderont : « Comment avez-vous fait pour tant gâcher les atouts de notre pays ? De votre temps, paraît-il, nous étions la quatrième ou la cinquième puissance du monde, avec de la solidarité, de la santé pour tous, des moyens de financer la recherche... Comment avez-vous fait pour tant ruiner ?
Alors nous, les anciens, aurons la mine qui convient à la fierté modeste : les yeux mi-clos. Nous caresserons lentement, l'une sur l'autre, nos mains tavelées et répondrons, désolés : « Comment nous avons fait ? En 2008, nous n'avons rien changé. »
à mes amis les pharmaciens, les notaires, les aiguilleurs du ciel, les chauffeurs de taxi, les internes en médecine et à tout ceux que j'oublie
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